La légende des Gagats

Première pierre...

BIBLIOTHÈQUE FORÉZIENNE

7/7/2026

Auguste Callet composant la Légende des Gagats

Le reflet des Voyages livresques

La littérature stéphanoise, ou forézienne, existe-t-elle ? Si oui, quelle est sa spécificité, quel est son esprit, qui sont ses auteurs ? Et qui sont les foréziens ? Quelle est leur histoire ?

Ce sont les mêmes questions qui structurent la quête de Voyages Livresques, et leur objectif est de découvrir ce qui existe déjà. Appliquées à une région historique française moins connue et défendue que la Corse, la Bretagne ou le pays basque, j'ai le sentiment que ces questions peuvent créer. Créer quoi ? Mystère.

Auguste Callet a eu la même idée en 1866, et avait pour objectif affiché de créer une légende lorsqu'il a écrit La légende des Gagats, essai sur les origines de la ville de Saint-Etienne en Forez

S'il souhaitait initialement écrire une histoire des gagats, il a fait fasse à l'absence de sources fiables, et plutôt que d'abandonner son projet, il l'a redirigé pour écrire une légende, certes bien incertaine, mais plaisante. Il l'avoue lui-même dans les premières pages, il se peut que tout ce qu'il écrive soit faux.

Alors pourquoi commencer le travail avec lui, plutôt qu'avec Honoré d'Urfé, emblème de la littérature forézienne, ou par Sociologie de Saint-Etienne, ouvrage universitaire récent ?

Parce que nous avons tous les deux fait l'expérience de voir des pierres éparses, et de souhaiter les rassembler. Il existe des légendes stéphanoises, de la littérature forézienne, des légendes anciennes sur le Pilat et des contes des Monts du Forez, on les croise en s'y promenant, on les trouve en cherchant bien, ce qu'il ne manque que des liens et un fond.

Auguste Callet s'est attelé à la création du fond, par une analyse étymologique des toponymes de Saint-Etienne et des ses environs, pour y découvrir une ancienne vie gauloise, et presque les agencements précis des villages, ainsi que leur vie économique. Pour Callet, les gaulois de Saint-Etienne étaient des forgerons vénérant Fur, Taran, le soleil et la rivière. Il va de soit que sa méthode est douteuse et largement fondée sur la maxime "l'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence." Néanmoins, il ne faut pas le lire comme un ouvrage d'histoire, mais bien comme de la littérature ou de la poésie. Le rapport entre son récit et la vérité est tout à fait secondaire, l'idée est bien de stimuler l'imagination.

Une fois ceci en tête, on prend plaisir à le suivre dans ses descriptions du Saint-Etienne d'autrefois, mêlant mineurs et forgerons du XIXe siècle et leurs prédécesseurs de 2000 ans, dans ses comparaisons entre le gaga, l'irlandais, le breton et l'écossais. On trouve de belles images également, comme l'analogie entre les stéphanois et les nains des légendes nordiques, puisque les deux vivent dans des mines et sont des spécialistes de la forge.

A sa manière, La légende des Gagats est une œuvre majeure de la littérature stéphanoise.

Voyages Livresques

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