Cinquième Voyage : l'Algérie
Premier contact avec de la littérature francophone !
2/1/20265 min temps de lecture


Fontaine de la Casbah d'Alger
Découvrir l'Algérie
L'Algérie est un pays que je ne connais que très peu. Comme pour les précédents voyages, commençons par un peu d'histoire et de traditions.
Premier contact avec la colonisation française
Il n'est pas possible d'aborder la littérature et l'histoire algérienne sans traiter de la colonisation française, c'est pourquoi les trois premiers livres de ce voyage lui seront plus ou moins directement consacrés :
Histoire de l'Algérie coloniale, de Benjamin Stora
Histoire de l'Algérie depuis l'indépendance, du même auteur
Sociologie de l'Algérie de Pierre Bourdieu. A noter qu'il s'agit du premier ouvrage de Pierre Bourdieu, publié en 1958.
Quelques sujets plus spécifiques
En parallèle, j'ai choisi de lire Les archs tribus berbères de Kabylie, Histoire, résistance, culture et démocratie de Youcef Allioui, traitant de l'histoire des tribus kabyles, une importante ethnie d'Algérie. Dans cette lignée, j'ai également retenu L'olivier en Kabylie entre mythes et réalités de Rachid Oulebsir, dont le titre m'a séduit.
Pour terminer sur ce volet anthropologie, je lirai Possession, magie et prophétie en Algérie de Aissa Ouitis, qui est l'abrégé de sa thèse sur le sujet.
Le piège de la littérature algérienne
La littérature algérienne recèle un piège pour le lecteur français : celui de ne lire par accident que de la littérature des algériens francophones. Il est aisé de se faire avoir, tellement cette littérature est accessible depuis la France, j'ai fait de mon mieux pour éviter cet écueil.
Les traditions orales en Algérie
Quand c'est possible, j'aime toujours trouver les histoires et contes traditionnels d'un peuple. Comme il s'agit de culture orale, c'est parfois difficile d'accès, mais pour l'Algérie, je suis servi :
Contes bédouins d'Algérie collectés par Messouda et Mira Hamrit. C'est un avant-goût de ce que je pourrai lire au Soudan, les bédouins y étant beaucoup plus nombreux qu'en Algérie.
Contes kabyles des Babors collectés Massinissa Garaoun.
Chants berbères de Kabylie collectés par Jean Amrouche. Les recueils de chants sont très rares, je suis vraiment content d'avoir pu en trouver un.
La littérature
Pour mon itinéraire littéraire, j'ai retenu 10 auteurs. Je les assemble arbitrairement en 3 groupes, qui sont loin d'être étanches les uns envers les autres, à des fins de présentation. J'ai essayé d'identifier à chacun leur œuvre la plus reconnue, qui n'est peut être pas cohérente avec le nom que je donne à chaque groupe.
Les opposants à la colonisation
Dans ce premier groupe, on retrouve :
Mouloud Feraoun, et j'ai choisi de lui Le fils du pauvre. Ecrivain d'expression française, il a été assassiné par l'Organisation de l'armée secrète à quelques jours du cessez-le-feu en 1962.
Kateb Yacine envisageait la langue comme un champ de bataille contre le colonisateur, et entendait utiliser le français pour créer une poétique propre au Maghreb. Je lirai Nedjima (1956), que certains qualifient d'acte de naissance de la littérature algérienne en langue française.
Rachid Boudjedra a pris part à la lutte contre la colonisation française et a été ambassadeur du Front de libération nationale en Espagne. J'ai hésité à le présenter dans le second groupe pour ses positions ouvertement athées qui lui ont causé menaces et violences. Dans sa biliographie, j'ai choisi La répudiation.
Les témoins de la décennie noire
La décennie noire est le surnom de la guerre civile ayant sévi en Algérie entre 1992 et 2002, opposant le Gouvernement de l'Algérie au Front islamique de salut (FIS) et divers autres groupes islamistes souhaitant la création d'une république islamique. Cette guerre a causé environ 150 000 morts, c'est un événement majeur de l'histoire récente de l'Algérie. Parmi les écrivains ayant connu cette période, j'ai retenu :
Rachid Mimouni, exilé au Maroc en 1993 suite à des menaces de mort. Jules Roy cite Rachid Boudjedra, qui dénonce la profanation de la sépulture et du corps de Rachid Mimouni après sa mort en 1995, mais je n'ai pas réussi à confirmer cette information. A tout le moins, cette rumeur démontre l'opposition de Mimouni au FIS. De lui, j'ai choisi Le fleuve détourné.
Tahar Djaout, journaliste, poète et romancier, se montrait critique des organisations islamistes. Il succombera des suites d'un attentat en 1993 (deux balles dans la tête à bout portant), attentat ponctué par un communiqué du FIS dénonçant son "communisme et sa haine viscérale de l’islam." J'ai retenu Les Vigiles dans sa bibliographie.
Boualem Sansal a commencé à écrire suite aux encouragements de Rachid Mimouni, et son premier livre est Le serment des barbares que je lirai. Pour mémoire, ce roman a été écrit en 1997, en pleine décennie noire.
Les expérimentateurs
J'ai eu du mal à nommer ce groupe, qui réunit les auteurs remarquables en premier lieu pour leurs apports à la littérature. Ceux évoqués ci-dessus pourraient avoir leur place ici, notamment Kateb Yacine, mais j'ai du faire des choix pour équilibrer un peu la présentation.
Mohammed Dib a écrit (en français) des romans, des contes pour enfants, de la poésie, des nouvelles et du théâtre. Il a dédié sa vie à la littérature. Chercher dans sa bibliographie (30 volumes et 41 boîtes d'archives à la BNF, sans compter les travaux de jeunesse) une œuvre représentative de l'ensemble est tout à fait impossible. J'ai choisi un peu au hasard La maison vide, premier tome de trilogie Algérie et paru en 1952. La maison vide a été un énorme succès, réédité chaque année depuis. Si j'apprécie, je lirai la suite.
Mouloud Mammeri est un linguiste spécialiste de la langue et de la culture amazigh. C'est cette expertise qui m'a intéressé, et je lirai L'opium et le bâton de lui.
Tahar Ouettar est un romancier d'expression arabe et considéré comme l'un des fondateurs du roman algérien moderne. C'est sur la base de cette réputation que je l'ai choisi, et dans ses œuvres, j'ai pris Noces de mulet.
Une compilation des poèmes de Si Mohand, mort en 1905. Recueillis par Mouloud Feraoun, Si Mohand disait ses poèmes, laissant à la charge de ses auditeurs de les écrire s'ils souhaitaient en garder trace.
Ahlam Mosteghanemi est la femme écrivain la plus lue dans le monde arabe, il aurait été dommage de ne pas s'y essayer aussi. Je lirai d'elle Mémoire de la chair.
