Carnet de lectures : Antigua-et-Barbuda

Bilan du voyage livresque à Antigua-et-Barbuda

VOYAGES LIVRESQUES

8/8/2026

Perspectives caraïbéennes

Quel bilan tirer de ces lectures ?

Premièrement, les deux livres traitant des deux premiers Premier Ministre d'Antigua-et-Barbuda. Autant Antigua Vision ne s'adresse qu'à des fins connaisseurs de la politique dans les Caraïbes et d'Antigua-et-Barbuda, autant Shouldering Antigua and Barbuda de Paget Henry permet d'entrevoir la vie sur ces îles, et donne un peu plus de contexte, avant de se concentrer sur la vision et le parcours de V.C. Bird. Néanmoins, il reste très généraliste et vise un public ayant déjà de solides connaissances sur le sujet, il n'est donc pas très adapté à Voyages Livresques. Un des points positifs est que Paget Henry cite à quelques reprises A History of Antigua de Brian Dyde, que j'avais identifié auparavant mais que je n'avais pas osé acheter : je n'étais pas certain de la qualité et le seul vendeur que j'ai trouvé se trouve dans le Michigan. Aujourd'hui, il n'y a toujours qu'un seul vendeur, mais je pense que c'est un livre honnête.

The Art of Mali Olatunji en revanche, est beaucoup plus intéressant, puisqu'il s'amorce avec une biographie de Mali Olatunji, qui a grandi sur l'île et qui est revenu y passer ses vieux jours, sans compter qu'Olatunji a beaucoup photographié Antigua-et-Barbuda. Ses photographies commentées permettent donc de s'imaginer plus facilement la vie des habitants. Un gros énorme avantage est également l'exposition des relations d'Olatunji avec les autres artistes d'Antigua-et-Barbuda, dont certains sont des écrivains que je n'avais pas identifiés :

  • Joanne Hillhouse

  • Edgar Lake, dont le chef-d'œuvre est The Devil's Bridge

  • Monica Matthew, et son Journeycakes : Memories With My Antiguan Mama qui est également cité dans Shouldering Antigua and Barbuda

J'ai rapidement cherché ces livres, qui sont une tannée à trouver.

Et ensuite, que dire de l'Autobiographie de ma mère de Jamaica Kincaid ? Point important, c'est une autobiographie purement fictive, la vie de Kincaid semblant bien différente.

La narration est assez étrange, la narratrice étant à la fois à la première personne, et plus qu'omnisciente, puisqu'elle peut connaître les pensées profondes de ses interlocuteurs, mais aussi savoir qu'ils se trompent sur leurs propres sentiments. Le cas topique est celui de son père qui, selon elle, « pensait l'aimer, mais se trompait ». Cela laisse une sensation d'intense orgueil de la part de la narratrice. Cette impression est doublée par les capacités proprement exceptionnelles dont elle fait preuve, puisque, de sa naissance jusqu'à ses 4 ans, elle a fait le choix conscient, après réflexion, de ne pas parler une seule fois, puis de dire ses premiers mots dans une langue qu'elle n'avait jamais entendue (l'anglais) mais qu'elle maitrise parfaitement. Cela rappelle le mythe des joueurs d'échecs qui auraient appris les règles du jeu simplement en regardant leurs parents jouer une partie une seule fois et immédiatement capables de battre les meilleurs amateurs de la région, mais encore un cran au-dessus. A mon avis, l'intention de base était une réflexion sur le colonialisme, les enfants parlant une langue qui n'est pas celle de leurs parents, mais le fait que cette aptitude surhumaine ne soit jamais discutée, commentée ou même remarquée par son entourage ne permet pas d'en être sûr. L'impression d'ego surdimensionné est encore amplifiée au vu du nombre important d'autres personnages jaloux d'elle, pour son intelligence, sa jeunesse, sa beauté, sa liberté, etc.

On remarque également une certaine tendance à la victimisation avec tout le passage sur la nouvelle femme de son père qui, selon le personnage, tient absolument à la tuer. Pour les pauvres mortels ne disposant pas de son omniscience, c'est assez difficile à comprendre, puisque sa belle-mère, qui manque certes de tact et de douceur, n'a jamais proféré de telles menaces, ni fait de tentatives qui nous permettent de nous rallier aux vues de la narratrice. Il y a bien le passage avec le collier potentiellement ensorcelé que sa belle-mère lui offre, mais, comme il n'est fait mention de sorcellerie ni avant ni après ce passage qui reste très tiède du point de vue du surnaturel, cela fait plutôt penser à un accès de paranoïa. 

Pour finir, cette omniscience de la narratrice empêche d'apprécier la complexité des relations entre les personnages puisqu'elle n'hésite jamais, comprend parfaitement la situation et adapte son comportement rationnellement en conséquence.

Finalement, sous certains aspects, la lettre d'intention de l'Autobiographie de ma mère doit être assez proche du Fleuve détourné de Mimouni, mais pèche dans son exécution à cause de cette volonté forcenée d'avoir un personnage sombre, torturé, froid et intelligent, là où Mimouni aborde nombre de thèmes semblables, mais avec plus d'humilité et une légère dérision qui permettent d'éviter la surdramatisation et donc de mieux se projeter dans la situation. Il faut également noter sa gourmandise plus remarquable sur le recours au fantastique : s'il le convoque, on ne doute pas de sa présence, et les squelettes fument. 

Voyages Livresques

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